5 mars 1850

« 5 mars 1850 » [source : MVH, α 8346], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12592, page consultée le 07 août 2026.

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Bonjour, mon cher petit homme, bonjour du fond de l’âme et du cœur. Tu as été si bon si noble si ravissant hier que loin de regretter l’absurde indiscrétion qui a failli nous brouiller, je la bénis puisqu’elle a donné lieu à de si douces et à de si tendres paroles de ta part, sans parler de ta seconde visite le soir. C’est un malentendu qui nous a mis tous les deux dans le plus parfait accord. J’espère que d’ici à longtemps rien ne viendra le troubler. Pour ma part je m’appliquerai de mon mieux à éloigner toute mauvaise pensée et toute mauvaise interprétation des choses que tu croiras nécessaires de me refuser ou m’imposer. De ton côté, mon cher petit homme, n’oubliea pas qu’une rose peut à l’occasion être plus nécessaire qu’une pomme de terre, au point de vue alimentaire, et qu’il y a des superflus plus indispensables que le nécessaire, selon la nature des individus et leur position. Pardonne-moi cette morale hors d’œuvre et laisse-moi te bénir de toute la force de ma reconnaissance et de mon amour.
Mon Victor adoré je t’aime et ma plus grande ambition comme mon plus grand bonheur serait de te le prouver aux dépensb de ma vie. Je demande tous les jours au bon Dieu dans mes prières de m’en fournir l’occasion. Jusqu’à présent il ne m’a pas exaucée mais je n’ai pas perdu tout espoir car je suis pleine de confiance en lui et je t’aime plus que jamais.
En attendant, mon cher petit homme, tu fais pour me rendre heureuse tout ce que tu peux et de la manière la plus généreuse et la plus adorable. Je t’en remercie à genoux.

Juliette


Notes manuscriptologiques

a « n’oublies ».

b « au dépend ».


« 5 mars 1850 » [source : MVH, α 8347], transcr. Nicole Savy, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.12592, page consultée le 07 août 2026.

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Cher petit homme, tu as sans doute renoncé à aller à l’Académie car il me semble que l’heure de la séance est passée maintenant ? J’espère cependant te voir à cause de la promesse que tu m’as faite de ne pas aller de bonne heure à l’assemblée sans m’en prévenir. Aussi je suis tranquille et confiante dans la promesse que tu m’as faitea. J’attends paisiblement et je te gribouille des tendresses pour faire passer le temps. Elles ne s’épuisent jamais car elles sortent de source……. J’entends une voiture, si c’était toi ? Justement quel bonheur !

6 mars [1850], mercredi matin, 8 h.

Bonjour toi, bonjour vous, bonjour tout ce que j’aime. Eh ! bien, votre charmante et belle Dédé s’est-elle bien amusée hier ? Et vous, avez-vous été un père bien grave et bien vertueux ? Hum ! Il est fort heureux pour vous peut-être que je le croie sans y aller voir. À quelle heure êtes-vous revenu ? Je suis passée hier au soir devant votre porte entre onze heures et minuit mais il n’y avait de lumière que dans la cuisine. Cela ne m’a pas empêchée de vous jeter en passant des masses de baisers et de vous souhaiter toutes sortes d’honnêtes plaisirs ainsi qu’à toute votre famille. En vous quittant je suis allée rue Chauchat, mais il était trop tard, les bureaux ferment à quatre heures. On m’a dit qu’il fallait aller demander ces renseignements à 10 h. du matin, mais je pense qu’il suffit d’y aller avant quatre heures de l’après-midi pour pouvoir les avoir. Du reste je ferai tout ce que tu voudras.
De là je suis allée à pied chez ma marquise1 que j’ai trouvée disposée à aller aux Italiens. Nous avons dîné et nous sommes allés entendre La Cenerentola2, ou la seringue entôle comme dit Suzanne. Je ne vous cache pas que j’aurais mieux aimé passer la soirée au coin de mon feu mais ne le pouvant pas, j’ai tiré tout le parti possible du grand éléphant, du monstrueux Lablache3 et des grimaces de singe de Ronconi4 mêlés à la musique de Rossini. C’était assez agréable.

Juliette


Notes

1 Madame de Montferrier.

2 Opéra italien de Rossini adapté de Cendrillon (1817), donné régulièrement à Paris depuis la fin de la Restauration.

3 Chanteur célèbre pour sa superbe voix de basse et pour son énorme taille : « On fait toujours payer trois places à Lablache dans toutes les voitures publiques », écrit Gautier.

4 Giorgio Ronconi, baryton. On remarque que Juliette ne mentionne pas de rôle féminin, en l’occurrence la grande Maria Alboni qui triomphait dans le rôle-titre.

Notes manuscriptologiques

a « faites ».

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

Hugo compose de nombreux dessins dans l’atelier qu’il a installé chez elle

  • 15 janvierDiscours de Hugo sur la liberté de l’enseignement.
  • 5 avrilDiscours de Hugo contre la déportation.
  • 18 maiAngelo tyran de Padoue est repris pour 14 représentations et 5 en 1851. La distribution est la suivante : Beauvallet est toujours Angelo, Maillart remplace Geffroy dans Rodolfo, Maubant remplace Provost dans Homodei. Les deux sœurs Félix jouent respectivement Catarina (Rebecca) et la Tisbé (Rachel).
  • 21 maiDiscours de Hugo sur le suffrage universel.
  • 9 juilletDiscours de Hugo sur la liberté de la presse.
  • 4 décembreHugo, qui souffre de maux de gorge depuis plusieurs mois, se fait opérer de la luette.